La copie sonore optique


• C’est l’aboutissement d’une pratique, mais c’est aussi pas mal de nouvelles choses à apprendre, même quand on a déjà pratiqué le développement, voire le tirage ! Pour cette raison, on demande aux cinéastes qui veulent faire une copie sonore prochainement de nous le signaler pour qu’on puisse les inviter à venir assister auparavant au tirage d’un copie d’un/e autre camarade cinéaste. Ça permet de passer par toutes les étapes une fois en tant que spectateur, et on est moins perdu quand c’est son propre film.

• On sait le faire en 16mm et en 35mm mais la plupart du temps il s’agit d’une copie 16mm. Le 35mm, c’est plus chic, mais c’est plus couteux, surtout pour le négatif son, et pas mal plus lourd à cause des temps de développement multiplié par 2,5 (car la même durée en 35mm, c’est 2,5 fois plus de mètres de pellicule !). Paradoxalement, aussi, à cause des projecteurs portables 16mm, de nos jours c’est parfois plus facile de faire circuler des copies 16mm que 35mm.

• Pour les copies 16mm en couleurs, nous sommes pour l’instant limités à des copies « sans blanchiment », donc avec une image sensiblement différente d’une image « normale ». En effet, le noir obtenu avec les seuls colorants présents dans les films de tirage ne pourrait pas arrêter l’infrarouge, et du coup la cellule des projecteurs recevrait de la lumière même quand il ne faut pas, altérant grandement la qualité du son. Du coup, il faut maintenir l’image argentique dans la piste son, ce qui doit se faire avec un dispositif dans la développeuse que nous n’avons pas (encore). Du coup on maintient l’image argentique dans le son et l’image en éliminant le blanchiment. En noir et blanc le problème n’existe pas.


• Le tirage peut commencer une fois qu’on a passé deux étapes préliminaires :

– le montage négatif, c’est-à-dire réunir les images qu’on a utilisé au montage en allant les chercher dans les bobines de négatifs, en les découpant à l’image près et les assemblant dans l’ordre du montage. En principe, à cette étape, l’assemblage se fait à la colle, avec une coupe en biseau minuscule qui ne se verra pas lors de la projection de la copie, à la fois pour des raisons de conservation et pour un passage plus fluide dans la tireuse. Tout ça en manipulant les éléments très soigneusement pour assurer leur propreté. Comme c’est assurément une des techniques les plus difficiles à maitriser, il y a heureusement les alternatives qui consistent, soit à faire faire ce travail (c’est encore possible) par quelqu’un de spécialisé, soit de transiger en montant les éléments au scotch avec une colleuse «normale». A ce moment aussi, on réserve quelques images de chaque plan, pris dans la chute de tête ou de pieds, qui serviront à assembler une «bande courte», sorte de résumé des plans du films qui servira à l’étalonnage.

– le mixage. En 16mm, il s’agit de son mono (en pratique, venir avec un fichier double mono à 48 kHz avec la même chose sur les deux pistes) et il y a un certain nombre de paramètres à respecter si on ne veut pas avoir de mauvaises surprises en écoutant la copie. Le premier, fondamental : l’écart de volume entre les sons les plus faibles et les plus forts (la «dynamique») ne doit pas être de plus de 30dB (contre plus de 100dB qu’on peut obtenir en numérique). Il faut aussi tenir compte du fait que la piste optique 16mm ne peut pas reproduire les sons aigus au-delà d’une certaine fréquence. Pour avoir une idée de ce qui va se passer, on peut écouter le mixage à travers un filtre qui simule ce qui va se produire au report. Plus d’info sur tout ça sur cette page :
http://www.filmlabs.org/index.php/infos-techniques/mixagesonoptique


• Une fois que toutes ces affaires de montage nég et de mixage sont réglées, le travail de la fabrication de la copie peut véritablement commencer !

– on vérifie la synchro du négatif monté et du fichier son contenant le mixage, pour ça on regarde le film en négatif sur la table de montage ! A cette étape, on ajoute les bips de synchro au début et la fin du film.

– on lit ce nouveau fichier son avec les bips + le mix et on l’envoie dans la caméra son pour exposer un négatif noir et blanc spécial qui deviendra une fois développé le «négatif son» avec juste la piste optique, c’est le «report son».

– on fait des repères sur les deux négatifs : le négatif image monté et le négatif son pour pouvoir les charger de manière à ce qu’ils défilent synchrones dans la tireuse.

– on passe une première fois la bande courte des images négatives dans la tireuse, pour faire le premier test d’étalonnage, puis on choisit des lumières et on tire cette bande courte avec ces lumières là jusqu’à ce qu’on soit satisfait de l’étalonnage.

– quand on a terminé l’étalonnage, on tire le test d’exposition du son optique, qu’on peut déterminer grâce à un signal qu’on a ajouté au mixage au moment du report son, le signal d’inter-modulation, sorte d’ADN du négatif son qui permet de déterminer la valeur de lumière parfaite pour le tirage du son.

– et le jour vient où on met tout dans la tireuse : le négatif son, le négatif image et du film vierge et on lance le tirage de la copie, que naturellement ensuite on développe dans les mêmes conditions que tous les tests qui ont précédés. C’est pour ça qu’il est plus judicieux de faire toutes les copies d’un coup si on veut en faire plusieurs.

Il faut compter environ une semaine de travail dans le labo pour sortir une copie d’un court métrage dont on apporte le négatif monté et le mixage.