Pour Lili

Le 31 mars 2026 Lili Hinstin est morte.
Lili était programmatrice de cinéma et a dirigé également plusieurs festivals.
Celles et ceux d’entre nous qui l’ont connue à un moment crucial de l’histoire de L’Abominable n’étions pas réuni.e.s ce jour-là et les suivants pour partager ensemble la profonde tristesse de sa mort précoce, ni  écrire, en sa mémoire, quelques mots.
Chacun.e à sa manière et de loin, voire de très loin, avons été bouleversé.e.s.
Par ces bizarres réactions que nous avons parfois, nous n’avons pas su nous appeler, nous dire, sur le moment, ce qui nous traversait.
L’histoire de lieux et des collectifs qui les fabriquent est souvent mouvementée ; elle se fait, se défait, se refait et donc se transforme.  Ça avance, ça change et ça se mélange avec les histoires des vies.
Et puis un jour le présent fait effraction et la mémoire refait surface et il y a besoin d’y revenir.
L’histoire du labo a croisé la route de Lili Hinstin de différentes et nombreuses manières dans les années 2011, 2012 et 2013.
Lili, au début de ces années-là, travaillait au Festival Cinéma du Réel, elle y débutait en tant qu’adjointe à la direction artistique. Le labo, quant à lui, finissait l’année 2011 en se faisant expulser de ses locaux historiques, la sous-location avérée véreuse d’une cave à Asnières-sur-Seine. L’équipe du labo, qui découvrait n’avoir pas vraiment de moyens de défense juridique, travaillait tant bien que mal à bouger le lieu, à lui trouver un endroit où s’installer pour continuer ; à rendre visible un peu de ce qui se tramait, depuis de nombreuses années, en sous-sol.
En même temps, dans cette cave laborieusement vidée, parce que rapidement mise sous scellés par l’ordre public, l’un d’entre nous finissait de fabriquer son film sur la table de montage 16 mm restée accessible grâce aux failles du dispositif anti-squat.
Cet hiver-là, en 2012 donc, Lili a pu voir ce film et ouvert la voie à ce qu’il s’achemine vers les salles du festival.
L’année suivante, alors que le Labo commençait de s’installer, encore funambule, dans les cuisines municipales de la ville de La Courneuve, le Cinéma du Réel fêtait quant à lui ses 35 ans.
Lili a travaillé avec le groupe d’alors à la possibilité d’une table ronde – 35 ans / 35 mm –  au sein du Festival ; faisant confiance à L’Abominable pour organiser l’évènement, y convier les invités, et mener le débat sur les questions de l’usage de la pellicule au présent, de la bascule des salles de cinéma de l’argentique au numérique, appuyée par les pouvoirs politiques et faussement appelée « révolution ».
Lili a travaillé avec nous et rendu possible un espace public où cet impensé de l’histoire récente du cinéma et de nos pratiques pouvait, pour un moment, se réfléchir, où les questions pouvaient se poser, malgré les vents contraires.
Pour toutes ces raisons L’Abominable lui doit beaucoup, nous nous souvenons de sa générosité et de sa clairvoyance.
Il est des êtres précieux et dans le travail, parfois, des liens singuliers se forgent. Nous aurions voulu (et ç’aurait sans doute été le cas) croiser encore les chemins vivifiants qu’elle savait défricher.

À toi Lili

de l’équipe du L’Abo d’alors, yoana