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Pétition de soutien à L'Abominable

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Signatures collectées:
1575 personnes et 168 structures

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Pourquoi il faut aider « L’Abominable »
à l’heure de son déménagement forcé.

L’industrie du cinéma, chacun le sait et peut en faire l’expérience concrète, « passe au numérique ». Après des années d’effet d’annonce, la projection numérique des films dans les salles de cinéma commerciales en France et en Europe se déploie véritablement. Par ricochet, les industries techniques sont touchées de plein fouet par la réduction du nombre de copies et désormais, du nombre de tournages en argentique. Partout dans le secteur, restructurations et plans sociaux se succèdent.

Au même moment, l’engouement de nombreux artistes contemporains pour le support film fait symptôme. D’un médium utilisé massivement par une industrie, l’argentique devient désormais un support de création délibérément choisi par un certain nombre de cinéastes et de plasticiens qui mènent avec ce support des recherches spécifiques. Embrasement temporaire teinté de nostalgie ? On peut en douter quand on voit le jeune âge de certains de ces artistes et l’intérêt des institutions de l’art pour ces créations.

Il s’agit plutôt d’un basculement comparable à celui qu’à connu la gravure à la fin du XIXème siècle : un basculement de l’échelle industrielle à celle plus circonscrite, plus précise, de la création.

Mais pour créer il faut encore que ces cinéastes puissent accéder aux moyens techniques appropriés. Avec la transformation de l’industrie cinématographique, disparaissent les machines, les connaissances techniques et les services auxquels ils pouvaient accéder en marge des productions de l’industrie. Le cinéaste étasunien James Benning, auquel la Galerie Nationale du Jeu de Paume vient de consacrer une rétrospective à Paris, abandonne le film après avoir réalisé une vingtaine de longs-métrages sur ce support entre 1976 et 2010. L’artiste britannique Tacita Dean, dont les oeuvres en 16mm sont montrées dans les musées et galeries d’art contemporain du monde entier, doit renoncer à tirer les copies de ses films dans son pays, faute de laboratoire disposé à assurer ce service. Des centaines d’autres, moins connus, font face aux mêmes difficultés.

Parallèlement, à l’échelle mondiale et particulièrement ces dix dernières années, des cinéastes organisent des ateliers avec l’équipement délaissé par les laboratoires et, dans la mesure de leur possibilités, s’affranchissent du passage par l’industrie pour la création de films, de performances et d’installations utilisant le support argentique. La France est particulièrement riche de telles initiatives. Ce sont des initiatives de terrain, souvent modestes et peu visibles, mais sans lesquelles on peut légitimement se demander comment feront les cinéastes désirant travailler sur support film pour produire dans une dizaine ou une vingtaine d’années.

Parmi celles-ci, une structure, l’association « L’Abominable » en Région Parisienne, a su agréger suffisamment d’énergie, de compétences et de matériel pour proposer un éventail technique impressionnant pour le développement et le tirage du super-8, du 16 et du 35 mm et les aller-retours vers le numérique depuis ces formats. Son fonctionnement ouvert, où les cinéastes les plus aguerris apprennent à d’autres la manipulation et le fonctionnement d’outils naguère réputés inaccessibles et trop complexes pour être mis entre toutes les mains, a fait florès et plus de 250 oeuvres ont bénéficié de son existence depuis sa création en 1996. Son activité et son expérience dans ce domaine particulier, l’étendue des possibilités techniques qu’on y trouve et la qualité des oeuvres qui ont été créées avec son concours, lui valent une notoriété internationale et une importance particulière dans le réseau des laboratoires cinématographiques d’artistes européen et mondial bien que ses financements publics soient encore aujourd’hui minimes.

Mais tout cela n’a été possible que parce que L’Abominable payait un loyer quasi-nul. A l’heure où cette structure se retrouve expulsable du local où elle fut créée il y a quelques quinze ans, voyant ainsi son existence mise en péril, l’institution publique doit saisir l’enjeu contemporain que représente le passage de l’outil cinématographique dans les mains des artistes eux-mêmes. Alors qu’elle accompagne considérablement la numérisation des salles commerciales, elle doit donner les moyens à une structure telle que L’Abominable de passer le cap, de poursuivre et développer ses activités à la pleine mesure de l’outil technique et des compétences qui s’y sont opiniâtrement rassemblées.

Asnières-sur-Seine, mars 2011

Site commun à une vingtaine de laboratoires cinématographique d’artistes dans le monde : www.filmlabs.org

Archive de la programmation « dix ans de L’Abominable » (2006-2007) :
www.10ans.l-abominable.org

Site de l’association :
www.l-abominable.org


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